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CHAPITOECOLE

L’acrobate, seul dans sa loge, retouche son maquillage. Visiblement il est le plus heureux des hommes. La porte s’ouvre brutalement, un clown hilare le pousse dans les coulisses. C’est son tour d’entrer en scène. Il se retrouve sur la piste, en pleine lumière. Un podium pailletée est dressé au centre du chapiteau. Des banderoles multicolores frappées du logo chapitoecole et des fanions tapissent le barnum. Sur le podium, une strip-teaseuse annonce l’acrobate. « Tapman est le dernier diplomé de notre sélection, il revient de loin, il mérite vraiment vos applaudissements !». L’acrobate, aveuglé par les spots a le trac. Il grimace un sourire figé vers le public invisible qui scande son nom. « Tapman, Tapman, Tapman !“

Il se dirige d’une démarche harmonieuse vers le podium encadré par deux danseurs portes-drapeaux qui sautillent en cadence sur une musique techno de fête foraine.

Dans le cercle lumineux d’un projecteur de scène apparaît un tigre robotisé.

Aidé par la strip-teaseuse, Tapman enfile sa cotte de maille électrique . Le tigre mécanique saute sur le podium en ronronnant. Il frotte sa gueule contre la protection abdominale de la cotte de maille.

L’acrobate repousse les caresses trop affectueuses du fauve. Brusquement, sans raison apparente, le tigre se jette sur lui. Des gerbes d’étincelles provoquées par le choc irisent la piste. Le public hurle de terreur.
Tapmam voit des étoiles, puis tout devient noir.

Tapman est un fœtus qui baigne dans le liquide amniotique. A travers la peau du ventre de sa mère il sent la main de son père qui le caresse.

Dans la chambre, le père de Tapman regarde sa femme en dessinant des lignes amoureuses sur son énorme ventre. Il l’enlace et l’embrasse : « je te trouve très belle avec ton gros ventre ». Les deux amoureux en s’étreignant s’enroulent dans les draps.

Le fœtus de l’acrobate tourbillonne comme s’il était à l’intérieur d’une machine à laver.

Maintenant le père est sur la mère, ils échangent un baiser torride

Le pauvre fœtus est complètement écrasé.

La mère pousse son mari « tu es trop lourd, j’étouffe »

Le fœtus respire mieux lui aussi mais la trêve est de courte durée.

Sa mère se place à califourchon sur son père et remue les hanches énergiquement.

Tapman est secoué dans tout les sens.

Le rythme des amants s’accélère en suivant le crescendo d’un roulement des tambours.

Le fœtus, projeté en l’air, rebondit contre les parois comme sur un filet de trapéziste.

Les parents se séparent après un orgasme tumultueux et retombent cote à cote les bras en croix.

Le fœtus baigne entre deux eaux, il ressemble à un noyé. On entend une musique glauque et lugubre. En plongée sous-marine la caméra s’approche de Tapman. Est-il encore vivant ?
Il n’y a aucune raison de s’inquiéter. Il sourit aux anges, il est le plus heureux des fœtus. Tout baigne, il plane… Tout à coup ! Horreur !, la parois qui retient le liquide amniotique se déchire. Tapman est pris dans un tourbillon qui l’aspire.

Quand sa tête grimaçante émerge du col de l’utérus distendu, des mains gantés l’attrapent au cou et l’étranglent. Une fois extirpé sanguinolent du ventre de sa mère, on le suspend par les pieds, la tête en bas, et on lui balance une magistrale claque sur les fesses. Le sang éclabousse l’objectif de la camera.
L’acrobate hurle.

Maintenant Tapman a trois mois, il est dans son berceau, il hurle encore. Sa mère entre dans la chambre et le berce affectueusement pour le consoler mais Tapman hurle de plus belle. Sa mère remonte le mécanisme du tourniquet à musique accroché à la tête du berceau. Les jolies petites figurines de clowns du mobile qui s’anime le fascine. Voyant son fils calme et souriant, la mère s’éloigne discrètement en chuchotant une berceuse. Le mécanisme d’accrochage du tourniquet n’est pas assez serré. Le jouet rotatif penche dangereusement vers l’intérieur du berceau et tombe sur la tête du bébé.
Le nouveaux-né hurle de nouveau

Maintenant Tapman a 2 ans, il est dans les bras de son papa et il hurle toujours. Son père ne sait plus quoi faire pour le consoler, la fenêtre grande ouverte lui donnerait presque des idées. Il regarde la rue en bas par curiosité et s’imagine qu’il jette son enfant dans le vide. Le corps du nouveau-né rebondit sur le toit d’une voiture en stationnement. Le père recule pris d’un vertige. Il s’éloigne de la fenêtre plein de remords « Quel horrible idées » Il fait plein de bisous à Tapman qui hurle. Pour consoler l’enfant, il fait sauter son bébé dans ses bras. A sa grande surprise, les vagissements cessent immédiatement et le petit Tapman éclate de rire. Le père le jette en l’air en disant « coucou le bébé ». Les rires gazouillants de Tapman redoublent d’intensité. Son père l’envoie de plus en plus haut. « Il aime ça le bébé à son papa » . La tête du de Tapman se cogne au plafond. Bing ! Le père surpris par l’impact rattrape son fils de travers. L’enfant lui échappe des mains et s’étale sur le parquet. Boum !
Tapman hurle.

L’acrobate à cinq ans, il hurle sur la banquette arrière. La voiture roule sur l’autoroute, le trafic est dense. Sa mère lui donne un gâteau, l’enfant l’écrase entre ses doigts et arrête de pleurer. Les parents soulagés profite du repos sonore. Le paysage défile sur fond de FM. Tapman joue avec la poignée de la portière. Tout à coup, la portière s’ouvre, Tapman est éjectée du véhicule. Le chauffeur d’un poids-lourd qui arrive à toute vitesse voit l’enfant rebondir sur le macadam. Une voiture passe à quelques centimètres de lui. Miraculeusement, l’enfant n’est pas touché, il avance à quatre pattes sur la chaussée. Il n’est pas le seul en danger. En face de lui, un hérisson essaye de traverser dans l’autre sens. Le hérisson et le bébé se dévisage avec surprise. Une voiture écrase le hérisson. Le routier freine brutalement. Il place son camion en travers de l’autoroute pour stopper le flux des véhicules, Le bébé est assis au milieu de l’autoroute sans une égratignure. En voyant son père affolé se précipiter vers lui, il se met à hurler.

Tapman à dix ans, il est en primaire. Le jeune garçon, insouciant du danger, pour faire rire ses copains, fait l’andouille sur le portique de la cours de récréation. Sa maîtresse voit la scène de loin, elle se précipite pour éviter l’accident. Le petit Tapman perd l’équilibre et bascule dans le vide. La maîtresse arrive trop tard. Le petit Tapman est mal tombé. Inconscient, il ne bouge plus. Elle le croit gravement blessé. Les enfants silencieusement font cercle autour d’eux. Certains commencent à pleurer.
Tapman se relève brusquement en riant. Il faisait semblant d’être mort. Il se moque de sa maîtresse livide de peur avec insolence. L’institutrice lui retourne la figure avec une paire de claques retentissantes.

Le directeur se lève pour recevoir Tapman et sa famille. Plusieurs professeurs sont présents dans la pièce. La famille est convoquée par un conseil de discipline extraordinaire. Les professeurs épouvantés énumèrent les innombrables exploits de Tapman. La liste est longue… catastrophe à la cantine, massacre en salle d’informatique, carnage à la bibliothèque, pugilat en cours de yoga et ce qui est plus grave… trafic de mangas dans les sous-sols de l’école.
Les parents plaident pour leur fils, ils parlent de son sommeil agité, ils sortent même d’une enveloppe un certificat médicale où il est question de problèmes de dyslexie, de troubles moteurs et de comportements particuliers ne pouvant être soignés qu’en conservant l’enfant en phase de guérison dans l’enseignement public.

En réalité, ce document est un faux fabriqué pendant la nuit par les parents terrifiés par l’idée d’avoir Tapman à la maison 24h sur 24. La supercherie démasquée, Tapman est définitivement renvoyé de l’établissement.

Tapman est chez lui, à 16 ans il passe la journée à faire des exercices d’équilibre avec tout ce qui lui tombe sous la main. Souvent il se casse la figure et on ne compte plus les dégâts dans l’appartement familial .

Sa mère est dans la cuisine, elle épluche des oignons en pleurant. Son père rentre fatigué du travail. D’un coup d’œil circulaire, l’homme fait le bilan de la casse ; L’accoudoir du canapé est déchiré, une vitre de la salle à manger est fêlée, il n’y plus de vase sur la commode de l’entrée. En passant devant la cuisine, il aperçoit les débris du vase disparu qui dépassent de la poubelle. Il jette un coup d’œil suspicieux sur son fils en équilibre, les pieds au mur, sur une chaise déglinguée qui regarde la télé dans le salon et s’installe devant sa femme pour l’aider à éplucher les oignons. La mère, larmoyante, énumère les catastrophes de la journée. Elle est très énervée contre Tapman. Le père temporise, Il évoque, les larmes aux yeux, la gentillesse du petit garçon mais cette fois, la maman de Tapman n’en peut plus, elle est au bord de la crise de nerf. Elle reproche à son mari son absence. L’homme en colère frappe sur la table et se met à injurier sa femme.

Tapman, la tête à l’envers, suit la conversation houleuse de ses parents. Ça lui fait de la peine d’être la cause de leur discorde. Une larme perle dans son regard. En entendant qu’il est question de le foutre à la porte définitivement, Tapman, sursaute de surprise, perd l’équilibre et heurte une multiprise dans sa chute. Scritchh ! La télévision s’éteint victime d’un court-circuit. L’enfant se relève, en larmes, il dévisage ses parents larmoyants. Le fil de la multiprise s’est enroulé autour du pied du lampadaire halogène qui bascule et tombe sur la tête de Tapman. Les plombs sautent. L’appartement est plongé dans le noir. La télé grésille encore. Brusquement une longue flamme bleu s’échappe de l’appareil. La flamme se reflète dans les regards larmoyants de Tapman et de ses parents. La flamme se dédouble et lèche le rideau du salon.

C’est la panique dans l’immeuble. Des pompiers équipés de masques à gaz évacuent avec difficultés les habitants. La cage d’escalier est enfumée. un pompier enfonce à la hache une porte et s’engouffre dans l’appartement d’où provient la fumée. On découvre les corps sans connaissance de Tapman et de ses parents. Les secouristes placent des masques à oxygène sur les visages des victimes. La famille est évacuée sur des brancards. Un des pompiers qui porte le brancard de Tapman rate une marche. Le brancard lui échappe des mains et dévale l’escalier comme une luge en renversant comme des quilles tous ceux qui se trouvent sur son passage. La tête de l’enfant se cogne contre les murs, elle martèle chaque barreau de la rambarde. Elle résonne en heurtant les marches. Le bruit est insupportable, le pompier maladroit se bouche les oreilles en grimaçant.

Tapman est entièrement couvert de bandes plâtrées, sa jambe gauche en extension est accrochée à un portique orthopédique. Un docteur rassure ses parents : « ne vous inquiétez pas, avec un peu de rééducation, votre fils sera bientôt comme avant ». Les parents blêmissent.

Tapman traîne dans le hall d’entrée de son immeuble avec des copains. Un joint d’herbe passe. La conversation tourne autour du thème de la baston. Tapman frime, il raconte que sa tête est en fer et qu’il peut tout encaisser. Un de ses potes le prend au mot et lui propose de lui mettre une patate pour voir. Tapman relève le défi. Le gars le frappe avec méchanceté. Tapman ne bronche pas. L’autre recommence, il frappe plusieurs fois. Tapman encaisse impassible. Un passante qui pousse un landau, choquée par la scène les engueule. Tapman lui répond avec grossièreté de se mêler de ses affaires. Outrée, la femme gifle Tapman violemment. Croyant que les jeunes violentent la pauvre femme, un passant s’interpose. Une voiture de police pile devant l’attroupement. Les flics se jettent dans la mêlée et matraquent tout le monde sans discernement. Tapman encaisse les coups en regardant les flics avec défiance.

On retrouve Tapman avec un pansement sur la tête, entouré de ses parents. La famille est en consultation chez un spécialiste de l’enfance difficile. Il vient de subir une série de test impressionnante : prise de sang, scanner, réflexes, Q.I, électroencéphalogramme, entretien psychologique. Le spécialiste commente les résultats. Il n’y aucunes raisons de s’inquiéter, Tapman est totalement normal. Il est simplement un peu agité, bagarreur et rêveurs comme tous les garçons de son age et les prisons sont pleines de garçons de son age, agités bagarreur et rêveurs. Tapman est plein d’avenir, mais si on ne l’aide pas, il peut devenir un marginal inadapté, un drogué, voir pire, un repris de justice ou un assassin. La mère de Tapman, effrayée, écrase la main de son fils. Le problème, voyez-vous dit-il aux parents en les regardant droit dans les yeux, C’est la faillite des valeurs à l’intérieur même de la cellule familial. La démission des parents est la principale cause de l’inadaptation des jeunes. Pourtant, malgré ses handicaps, Tapman a de la chance. Le gouvernement vient de subventionner un internat expérimental pour encadrer les jeunes en difficulté comme lui, pour les guider vers un avenir meilleur. Il s’agit d’une nouvelle méthode éducative liée aux arts vivants et plus particulièrement, aux arts du cirque. Si les parents acceptent certaines conditions de confidentialités, Tapman peut s’inscrire dans cette nouvelle unité d’éducation spécialisées. L’élève Tapman sera pris en charge à 100% par l’éducation nationale.

Derrière une glace sans teint, plusieurs personnes suivent l’entretien. Un opérateur enregistre la séance avec une caméra vidéo.

Les parents hésitent, ils s’interrogent du regard et demandent son avis à leur fils. Le garçon accepte.

La maman de Tapman plie soigneusement le linge du petit dans sa valise et ajoute une paquet de gâteaux. Son mari fait l’inventaire des fournitures demandées par l’internat. Tapman, la tête à l’envers, en équilibre sur la commode de sa chambre joue pour la dernière fois avec sa console car cet appareil est interdit dans sa nouvelle école. Le père hâte le mouvement en fermant la valise. Il ne reste plus beaucoup de temps, la navette va bientôt passer.

Tapman et ses parents attendent la navette devant l’entrée de l’immeuble. Un minibus chapitoecole s’engage dans la rue et s’arrête à leur hauteur. Il y a déjà plusieurs personnes à l’intérieur. Tapman embrasse ses parents et monte dans le véhicule.

L’Académie de l’Équilibre attaquée par des inconnus

L’Académie de l’Équilibre de Paris a vécu ce mardi un après-midi de terreur et de violence.

Christian Chapiron, professeur de trapèze et membre du bureau exécutif de l’Académie de l’Équilibre a rapporté sur sa page officielle que des incidents d’une rare violence ont émaillé aujourd’hui l’Académie.
En marge d’une manifestation prévue le 08 mars et qui s’inscrit dans le cadre de la célébration de la journée mondiale du Divertissement, plusieurs individus munis de gourdins et de barres de fer se sont introduits dans l’enceinte de l’établissement et ont essayé d’y semer le chaos.

Christian Chapiron affirme que « pendant que les étudiants acrobates distribuaient les tracts de la manifestation, un groupe d’inconnus se sont immiscés à l’intérieur de l’établissement malgré l’intervention de l’administration et ont commencé à jeter des pierres ». Très vite un état de panique générale, de confusion et de terreur s’est installé et plusieurs personnes ont été blessés », poursuit le professeur. Les forces de l’ordre se sont aussitôt rendus sur les lieux.

Cruauté limitée

Cette image qui circule sur internet, ce mardi 5 mars 2013, montre les deux Française enlevées dans le nord de la Belgique, le 27 février 2013. Selon  le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, elles seraient désormais détenues par des acrobates en rébellion contre l’Académie de l’Équilibre.

L’image est accompagnée de cette légende, « Nous sommes les acrobates libres. C’est nous qui retenons en otage ces deux femmes (…) à la frontière entre la France et la Belgique. »
A Paris, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a expliqué que d’autres images sont actuellement analysées pour « examiner la nature des revendications » des preneurs d’otages.

De son côté, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius dénonce dans un communiqué des images qui « démontrent une cruauté limitée ».

L’Académie de l’Équilibre veut dépasser toutes les limites

L’Académie de l’Équilibre, qui rassemble des acrobates, des illusionnistes et des inventeurs d’attractions foraines va décerner des prix qui encouragent la prise de risque et contribuent aux dépassements de toutes les limites.

L’Académie de l’Équilibre établira bientôt la liste des prix et médailles qui seront délivrés. Environ 80 prix seront attribués chaque année selon les analystes du Bureau des Prévisions.

La Grande Médaille sera la plus haute distinction de l’Académie de l’Équilibre. Elle récompensera un spectacle «ayant contribué de façon décisive à la frayeur et à l’émerveillement des spectateurs, tant par l’originalité de ses prises de risque que par leur rayonnement international. Les travaux conduits auront concerné un domaine extrêmement dangereux et apporté un réel recul des limites de la discipline abordée.»

 

Bienveillance, abondance, excellence

Hiérarchie bienveillante, abondance de moyens, excellence professionnelle, certains artistes ont la pêche. C’est ce que révèle une « étude sur le Cirque Electrique » réalisée par une unité de recherche du CNRS de Toulouse.

L’étude pointe des « relations de travail saines » de la base à la direction et au sein des équipes et des services. Les acrobates estiment ne pas être en compétition entre eux (79,9 %) et ne pas avoir de difficultés relationnelles avec les autres services (87,6 %). Par ailleurs, 80 % d’entre eux se disent fiers d’appartenir au Cirque Electrique.

Cette étude révèle également des conditions de travail agréables, 31.7% des artistes sondés ont reçu en moyenne 10 récompenses lors des six derniers mois. Les autres soulignent que leur travail est « équilibrant sur le plan émotionnel, mental et relationnel ».

Toutefois, deux pistes sont évoquées dans l’étude pour améliorer la situation : création d’une Académie de l’Équilibre représentant toutes les disciplines pour évoluer vers un management plus participatif, et enfin possibilité d’augmenter rapidement le taux d’attribution des récompenses.

Le métier d’acrobate dessiné par Anne Van Der Linden